Les experts sont partagés. Philippe Van Parijs (UCL), l'un des précurseurs belges de l'idée, a effectué des calculs avec l'appui du ministère des Finances, à la fin des années 90. Il apparaissait alors qu'il était possible pour l'Etat de financer une allocation de 500 euros "moyennant un certain nombre de réajustements de notre système social et fiscal.
Elle serait financée pour partie par la réduction de ce montant dans les transferts sociaux et la suppression de toutes les allocations inférieures à ce montant, mais aussi par la suppression de l’exonération fiscale sur les premières tranches de revenus et d’autres ajustements de l’impôt des personnes physiques.
L’objectif étant d’arriver à une opération fiscalement neutre."

Paul De Grauwe (KUL) n'est pas d'accord. "Si l’on donne à chaque adulte vivant en Belgique 1.000 euros par mois, cela représente une dépense de 100 milliards par an. Cela fait 25 % du PIB.
Bien sûr, il y a des réductions naturelles de dépenses de la Sécurité sociale. On peut éliminer dans ce schéma les allocations de chômage et une partie des pensions, mais pas tout puisque une partie de la population a une pension supérieure à 1.000 euros - la pension moyenne des fonctionnaires est de 1.500 euros.
Il faudra donc continuer à faire des économies sur les pensions.
Et évidemment, on ne touche pas aux soins de santé.

Ce n’est pas une destruction de la Sécurité sociale, c’est une autre façon de la financer, d’envisager les transferts. Quand on fait le calcul, on peut peut-être diminuer les dépenses de la Sécurité sociale de 50 ou 60 milliards tout au plus.
Mais cela laisse un déficit de 40 à 50 milliards. On augmente au final substantiellement les dépenses de l’Etat, de 25%.
Sauf si on augmente substantiellement l’impôt mais alors on crée un nouveau problème.
Personne n’est obligé de travailler dans ce schéma mais cela ne va pas résoudre le chômage avec une telle mesure.
En fait, l’utopie, c’est le caractère inconditionnel: si tout le monde a le droit à cela, c’est trop cher pour l’Etat. Et si on donne 500 euros à chacun, on n’aura pas résolu le problème de la pauvreté. On emploie un boulet de canon pour tuer un moustique", nous dit-il.

 

Source : http://www.lesoir.be/948010/article/debats/2015-07-28/l-allocation-universelle-est-elle-l-avenir-securite-sociale